Interview exclusive Touré Yaya « Les Eléphants n’auront pas droit  à l’erreur  à la CAN 2019 »

Tirage au sort de la CAN 2019,  les chances des Eléphants,  glissement de calendrier des CAN,  palabre CAF- FIF… Touré Yaya n’a éludé aucun sujet.  Avec  son franc-parler,  l’ancien capitaine des Eléphants livre donc sa vision sans concession du football ivoirien et africain. Entretien.

Quel regard jetez-vous  sur les différentes poules du tirage au sort de la CAN 2019 ?

Je peux tout de suite vous rassurer qu’on aura une CAN d’un  bon niveau en Égypte. Tous les groupes sont quasiment équilibrés. Il est évident que les têtes de poules que sont l’Égypte, le Nigeria, le Maroc, le Sénégal, le Cameroun, la Tunisie partent favoris. Mais, il ne faut pas négliger les autres équipes.

Sur quoi basez-vous votre pronostic?

Certes, le football a ses certitudes. Mais, ce sport  est devenu aujourd’hui une activité quasiment scientifique. Prenons par exemple le cas d’un pays comme le Zimbabwe. Il regorge de joueurs doués techniquement qui sont pour la plupart dans les championnats belges, turcs et sud-africains. Ce sont eux qui ont créé de gros soucis aux deux Congo lors des Eliminatoires. Ils seront dans la même dynamique en Égypte.

Que pensez-vous de la poule de la Côte d’Ivoire?

Nous n’avons pas droit à l’erreur. Souvenez-vous qu’à la CAN  2017, les Éléphants sont sortis très tôt de la compétition. En plus, pour la première fois depuis 2006, l‘équipe n’a pu se qualifier pour la phase finale du Mondial. Le prochain rendez-vous important, c’est cette CAN 2019. Il faut pouvoir reconquérir le public ivoirien. C’est une poule qui n’est pas facile.

Quel sera l’adversaire le plus redoutable des Eléphants ?

Tout le monde parle du Maroc. Mais, il faut se méfier du jeu direct de ces pays anglophones. La Namibie et l’Afrique du Sud ont beaucoup progressé… C’est un groupe délicat. La formule à 24 équipes a la particularité de prendre les quatre meilleurs troisièmes en plus des 2 premiers de chaque poule. Ce qui veut dire que plusieurs équipes pourront avoir de bonnes marges de manœuvre.

Etes-vous déçu d’avoir tiré le Maroc dans le groupe des Eléphants ?

(Rires). C’est peut-être la main de Dieu. Il est vrai que le Maroc a éliminé les Éléphants de la CAN 2017 et leur a barré le chemin du Mondial 2018. Mais, c’est à la Côte d’Ivoire de trouver des ressources pour revenir à niveau.

Hervé Renard est-il un atout  pour les Lions de l’Atlas ?

C’est vrai. Hervé connaît bien l’équipe de la Côte d’Ivoire. Il a même remporté le trophée avec nous. Pour moi, il n’est pas seulement un des meilleurs entraîneurs sur le continent. C’est un très grand technicien. Il aime ce genre de situation. Les défis, les gros challenges… Il les adore. En même temps, il aura aussi en face un bon groupe de joueurs ivoiriens.

Pour revenir à la CAN à 24 pays,  ce nouveau format à 24 équipes ne pourrait-il pas handicaper les sélections ?

Non, pas du tout. C’est un passage obligé. C’est pourquoi je félicite la CAF qui a pris cette décision. Le monde entier est en perpétuelle évolution aujourd’hui. Dans tous les secteurs d’activité, la demande est très forte. Je pense que c’est la même exigence au niveau de la CAF  et même de la FIFA. Ce sont des institutions qui doivent promouvoir le football aux  quatre coins du monde.

Peut-on dire que la CAF a fait des progrès ?

J’estime que la CAF a fait un grand pas.  Il y a aussi un fait important dans cette extension  du nombre d’équipes du tournoi. Elle permet à certains petits poucets de s’offrir une première participation. C’est le cas de la Mauritanie, de Madagascar et du Burundi.  Ces changements vont dans le sens du progrès significatif que connaît notre football.

Qu’avez-vous ressenti d’être parmi les invités d’honneur de la CAF pour ce tirage au sort ?

J’ai été très honoré par la CAF. J’avais déjà été invité à la cérémonie des Awards de la Caf, en Janvier, à Dakar. Mais je n’avais pas pu venir car  je devais régler certains aspects avec mon dernier club. Ensuite, j’ai eu l’invitation personnelle du président Ahamd Ahmad pour la cérémonie du tirage au sort. J’ai été frappé de cette marque de considération.

Peut-on affirmer que les footballeurs sont valorisés par le président Ahmad ?

Ahmad Ahmad fait de la participation active des footballeurs son cheval de bataille. L’exemple de Anthony Baffoe est édifiant. Il est devenu un homme du sérail maintenant. Il a fait ses preuves sur le terrain avec l’équipe des Black stars du Ghana. Et il est aujourd’hui au service de l’organisation de notre football.

Quelle est votre opinion sur le glissement de calendrier des CAN ?

Tant que ces décisions vont dans le sens de l’amélioration de la pratique de notre football, il n’y a pas de raisons à ne pas encourager la CAF. Pourquoi nos États africains doivent nécessairement attendre qu’on leur attribue l’organisation d’une CAN pour commencer à construire des stades ? C’est du devoir de chaque État de construire des aires de jeu pour l’épanouissement de la jeunesse. Il ne faut pas attendre la CAF.

 

Etes-vous d’accord avec les dernières décisions du président de la CAF…

Je suis entièrement d’accord avec le Président Ahmad qui privilégie des conditions sécuritaires et de bonnes commodités pour les joueurs lorsqu’ils viennent jouer la CAN. C’est vrai que c’est un peu frustrant pour ces pays de se voir arracher l’organisation à la dernière minute. Mais, je pense que les expériences récentes sur la mauvaise qualité de pelouses, sont pour quelque chose. Et même au niveau de la sécurité d’ensemble. En 2010, j’étais à Cabinda avec les Eléphants. C’était une ambiance infernale. Ce qui s’est passé avec le bus togolais appelle à de meilleures garanties de sécurité.

La Côte d’Ivoire a pourtant été frustrée par  ce fameux glissement de la CAN 2021 à 2023…

Il ne faut pas en faire un problème. J’ai l’intime conviction que ce glissement arrange toutes les parties. Je pense que cette situation a un peu fouetté l’orgueil de mon pays. Et je vois que ces temps-ci, on se met au travail sur tous les sites. Il y a le début des travaux un peu partout. 2023 va certainement donner plus de marge de manœuvre à mon pays.

Croyez-vous que la Côte d’Ivoire pourra relever le défi ?

La Côte d’Ivoire va organiser une des meilleures éditions de la CAN. C’est un pays de football. Il y aura de la ferveur populaire. C’est le pays de Laurent Pokou, de Yaya Touré et de Didier Drogba. À nous deux, nous avons réuni 6 Ballons d’Or africain… Quoi de plus normal ! Lorsque j’ai eu le Président Ahmad, il m’a dit d’ailleurs qu’il s’apprêtait à organiser un grand Forum sur le football africain, à Abidjan. C’est aussi cela l’implication de tous les pays dans le développement du football du continent.

Les relations entre la CAF et FIF sont pourtant délétères. En plus, une bonne frange de dirigeants de club est en disgrâce avec la Fédération. Comment arriver à régler cela ?

C’est à chaque partie de pouvoir prendre ses propres responsabilités. Vous pensez que le football ivoirien doit rester dans des palabres ? Les autres pays sont en train de mieux s’organiser. Il faut donc trouver une solution pour que notamment le gel des fonds  de la FIFA, pour la Côte d’Ivoire, soit levé.

Que proposez-vous en tant que footballeur ?

C’est avec beaucoup de considération que j’ai échangé avec le président Ahmad pour aider la Côte d’Ivoire. Je pense qu’il faut aplanir toutes les divergences. C’est pourquoi toute la CAF sera présente en octobre à Abidjan.

Après Olympiakos le Pirée, quelle sera votre prochaine destination ?

Je ne veux pas me précipiter. J’ai encore quelques bonnes années devant moi. Je pense que dans quelques semaines, je prendrai une nouvelle décision. Un nouveau challenge.

Une correspondance particulière d’Adam Khalil

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