En attendant  Williamsville

Dans le croustillant édito qu’il a publié jeudi dernier, dans le journal de son club « Le Mimosas », Me Roger Ouégnin a résumé, dans un groupe de mots, la véritable plaie du foot ivoirien depuis bientôt une dizaine d’années. Voici ce qu’il dit textuellement : « Notre silence, en tant qu’acteurs du football ivoirien, face à cette situation, est sans doute une contribution à notre suicide collectif programmé. » Et l’homme sait de quoi il parle. Car, dernier dinosaure, de la « dynastie » des dirigeants charismatiques et emblématiques que le football ivoirien connut naguère, qui mieux que  lui peut raisonnablement faire l’état des lieux du football ivoirien des années 90 à aujourd’hui, en déceler les insuffisances et y apporter les corrections nécessaires pour sa relance ? On a donc beau retourner la question dans tous les sens, chercher, fouiller et bêcher, on est cependant rattrapé par cette vérité. Du reste Implacable. Notre sport-roi ne possède plus en son sein cette race de dirigeants responsables qui ont fait sa force hier. C’est-à-dire ces hommes capables de dire stop, çà suffit face aux dérives fédérales et aux entorses à la bonne gouvernance. Hier, en effet, le foot ivoirien pouvait  s’enorgueillir de posséder des dirigeants courageux. Et non les poltrons d’aujourd’hui. Le temps a passé. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Et le foot ivoirien ne finira jamais de pleurer cette race de dirigeants qui n’étaient ni dans l’intrigue, ni dans la manipulation. Et qui ne se comportaient pas non plus en vassaux de la Fédé. Mais plutôt en suzerains. Car, après tout, la Fédération est l’émanation des clubs. Ceci étant, en interpellant ses pairs, Me Ouégnin n’a cherché qu’à les mettre face à leurs responsabilités. Faute de quoi ils auront contribué à la mort programmée de ce football-là. Et ce de par leur silence. Leur laxisme et leur incapacité à prendre leur destin en main. En fait, depuis bientôt une dizaine d’années, les dirigeants ivoiriens observent, dans la plus grande indifférence et insouciance, la lente agonie de leur sport-roi. En effet, pendant que tout va de travers, que les choses vont à vau-l’eau, eux, ont choisi de s’enfermer dans un silence coupable. Un  laxisme incompréhensible. Ils préfèrent ne rien dire, ne voir ou agir au gré de leurs petits intérêts. Ils sont tous assis sur leurs privilèges, leur trône, à calculer leur bonne foi au prorata de celle de leur voisin. Bien sûr qu’ils s’imaginent aussi secrètement un autre destin si jamais le vent venait à tourner. Mais en attendant,  inconsciemment ou sciemment, ils contribuent à pérenniser un système qui tue leur propre football à petit feu. L’élimination prématurée de la SOA, au tour préliminaire de la Ligue des champions, qui plus est, par un club issu d’un petit pays de football, la Mauritanie, au-delà de l’humiliation à nous infligée,  vient nous rappeler que notre football n’est plus compétitif sur la scène africaine. Et qu’il a même  atteint un stade critique. Car, en plus d’avoir perdu deux places en C1 et C2, après sa sortie du top 12 des meilleures nations africaines, le football ivoirien traine comme un boulet au pied d’autres maux qui, mis bout en bout, contribuent à le fragiliser. Notamment les nombreuses entorses aux règles de bonne gouvernance. Et la crise des licences qui oblige la Ligue 1 a utilisé des feuilles volantes pendant les matches est sans doute la goutte d’eau qui ailleurs, aurait fait déborder le vase, et susciter une levée de boucliers contre la faîtière. Pour ne pas dire un changement d’administration. En bonne et due forme. Ce qui n’est pas le cas, sur cette terre d’Eburnie. Parce qu’ici, on n’a pas besoin d’être excellent pour gagner. Puisque l’inverse est possible. Autrement dit, on peut gagner en étant médiocre. Mais pendant combien de temps ? La réponse se trouve dans la descente aux enfers que connaît le foot ivoirien depuis quelque temps. Le temps de la responsabilité a donc sonné pour les clubs. De la prise de conscience aussi. Car, la question de la survie du football ivoirien ne devrait plus relever uniquement d’une affaire du GX. Mais de la responsabilité de tous les acteurs. Car, l’heure est grave. Et le danger est à nos portes. Dès lors, en tant que dirigeant rompu aux arcanes de la gestion d’un club, dont les résultats aussi bien sportifs que managériaux sont édifiants à cet effet, Me Ouégnin est donc cet homme-là qui peut regarder les dirigeants fédéraux droit dans les yeux et leur dire que leur gouvernance est nulle. Aux clubs donc de prendre leurs responsabilités. Faute de quoi nous irons tous à Williamsville pour l’inhumation du football ivoirien. Non sans être passé par la mise en bière. Là où vous savez. A bon entendeur…

Kambiré Elie 

 

 

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