Eddy Gnahoré (milieu Amiens): « Je fonce si la Côte d’Ivoire m’appelle »

En une saison et demie, Eddy Gnahoré, 25 ans, le milieu d’Amiens, est devenu indispensable à son équipe. Parti de France à 15 ans, il a longtemps collectionné les échecs, les blessures, les désillusions et même frôlé la mort. Parfait symbole de résilience, il rattrape aujourd’hui le temps perdu.

Comment qualifieriez-vous votre parcours ?

Atypique. J’ai quitté Châteauroux à 15 ans pour Manchester City. Je ne parlais pas anglais et en deux semaines seulement, j’ai pris la décision d’y aller. Mon seul rêve, c’était de devenir joueur professionnel. J’y ai vu une chance. Mais au bout de deux ans, je vois que c’est bouché à City. Birmingham, alors en deuxième division, me propose un contrat élite : deux ans stagiaire et trois ans pro. Ça se passe bien et j’ai même fait deux apparitions avec l’équipe première contre Bristol et Wolverhampton. Juste avant un 3e match avec eux, je me romps les ligaments croisés d’un genou. Là, tout s’écroule. A mon retour de blessure, le coach qui me faisait confiance avait été viré. J’avais 19 ans et le nouvel entraîneur ne me calculait même pas. Je décide de rompre mon contrat. Aujourd’hui, c’est un regret car j’aurais dû plus réfléchir.

Que faites-vous alors ?

Je retourne chez mes parents à Créteil. Je suis au chômage mais persuadé que je vais vite rebondir. Je fais trois essais à Troyes, Saint-Etienne et l’OM. A Troyes et Marseille, je n’ai pas été pris pour des raisons non sportives.

Lesquelles ?

A Troyes, le coach Jean-Marc Furlan me fait vite comprendre que je lui avais tapé dans l’œil. Il me demande de rentrer chez moi et d’attendre la proposition du club. Cela fait cinq ans et elle n’est toujours pas arrivée… J’ai su après que l’agent qui m’avait trouvé cet essai avait été trop gourmand. Pour Marseille aussi, ça s’est passé comme ça. L’adjoint de Marcelo Bielsa m’a dit que c’était OK et que j’allais d’abord jouer avec la réserve. Je n’ai jamais eu de nouvelles. Mais l’agent qui a géré pour moi était le même que pour Troyes…

Vous décidez alors de partir en D3 italienne…

Je m’entraînais seul en bas de chez moi et je faisais des five (NDLR : foot à 5 joueurs) avec des potes. Mais dans ma tête, j’étais fort. Cette proposition de Carrare en Serie C, c’était comme une délivrance. Au bout d’une saison, dans des structures compliquées, je suis parti à Naples. Là, c’était énorme pour moi. J’ai signé 3 ans mais je n’y ai jamais joué. J’ai été prêté à Carpi mais j’ai eu un grave accident de voiture en février 2016.

Que s’est-il passé ?

En allant à Nice, j’ai perdu le contrôle et je ne me souviens que de ma douleur dans la voiture, du sang qui coulait sur mon visage. Je me suis évanoui puis réveillé dans un hélicoptère… Pour le reste, c’est le trou noir, aujourd’hui encore. Les médecins pensaient que j’allais mourir. Plus tard, à l’hôpital, un docteur est venu me dire que ma jambe était touchée et que je ne rejouerais jamais au foot. Ma mère était là et s’est mise à pleurer. Moi, j’étais sûr qu’il se trompait. Les douleurs que j’avais à la hanche me disaient que je rejouerais. Je ne sais pas l’expliquer mais c’est comme ça.

En tout cas, ma saison a été terminée. L’année suivante, Naples m’a prêté à Crotone, puis à Perrugia en Serie B. En 2017, j’ai compris que je ne porterais jamais le maillot de Naples et j’ai demandé à être transféré à Palerme. J’ai fait une super saison et ensuite, mon cousin Prince Gouano a parlé de moi à ses dirigeants. J’ai foncé direct à Amiens. Enfin, je pouvais réaliser mon rêve de jouer en Ligue 1.

Que pensez-vous du monde du foot ?

Les gens pensent que tout est beau et qu’il y a plein d’argent. Il y a un foot pro d’en bas où on gagne juste assez pour payer son mois (NDLR : loyer). Certains joueurs comme Pogba ou Umtiti avaient une route toute tracée. Moi, j’avais besoin de tomber pour me relever. Je suis un survivant du football. Dans la vie, il y a des gens qui souffrent plus que moi. Mais dans le foot pro, il y en a peu qui ont mon parcours.

L’équipe de France, vous y pensez ?

Non, c’est mort pour les Bleus. Mais si la Côte d’Ivoire, le pays de mes parents, m’appelle, je fonce. Ça doit être super de disputer des matchs internationaux. Et j’ai prouvé que j’avais le droit de rêver plus fort que les autres.

Source le Parisien

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