De l’utilité d’un rétroviseur

Jean-Louis Gasset est arrivé. Il s’est installé. Et il a réussi son baptême du feu à la tête des Eléphants. Sans tomber dans une euphorie excessive, dans une joie débordante, on ne peut cependant pas ne pas savourer cette éclatante victoire des Eléphants aux dépens des Chipolopolos zambiens. Car, que n’auraient pas dit les éternels grognons, si le vieux blanc avait démarré sa mission par une défaite ? Et montés sur les grands chevaux, le couteau entre les dents, les adeptes de la culture africaine, s’apprêtaient à le vouer aux gémonies. A le crucifier, si les choses avaient très mal tourné. Et Dieu seul sait, si le vieux blanc de 68 ans, n’allait pas prendre son billet retour pour regagner son Montpellier natal… Mais Dieu merci. Les Eléphants s’en sont tirés à bon compte. Et, pour une sélection, amputée de deux ou trois titulaires avec très peu de temps de préparation, on ne peut pas dire qu’elle n’a pas mise la manière dans sa victoire. Dire alors que les Eléphants version Gasset n’ont pas convaincu, qu’ils ont trimé pour gagner, que face à de gros cadors ils risquent d’en baver, patati et patata, c’est tout simplement faire preuve de mauvaise foi. Mieux ou pis, c’est de la sorcellerie à l’ivoirienne. Car, qui d’entre nous ignore qu’une équipe ne se construit pas sur un match ? Par conséquent, on ne saurait donc la juger sur un match. Qui ne sait non plus pas qu’une équipe a besoin de se frotter à plus grands et à plus forts pour grandir? Et c’est justement en disputant ce genre de match, en s’attaquant parfois à plus costaud que soi, qu’une sélection se construit. Et qu’elle se créée des automatismes, et parvient ensuite à se forger un destin de gagneur. Or, depuis l’AG Elective du 23 avril dernier, le football ivoirien a fait sa mue. Un nouveau président s’est installé à la « Maison de verre ». Un nouveau sélectionneur a été nommé à la tête de la sélection nationale. Et les Eléphants ont également inauguré le nouveau stade de Yamoussoukro qui doit abriter des matches de la CAN 2023. Comme quoi tout est nouveau. Le football ivoirien repart donc de plus belle. Et dans ce contexte post-CAN 2021, la mission du nouveau sélectionneur consistera non pas de recoller uniquement les morceaux éparpillés après la sortie de route des Pachydermes en 8èmes de finale au Cameroun. Mais à reconstruire plutôt une nouvelle équipe des Eléphants, plus solide dans ses compartiments, plus complémentaire au niveau de ses lignes. En un mot, plus solidaire dans le jeu et plus conquérant dans son âme. Les grands techniciens l’ont souvent répété. La construction d’une grande équipe de football est une œuvre de longue haleine. Elle requiert de la patience. De l’abnégation. Et de la persévérance. Tel est le triptyque sur lequel doit reposer sa fondation. Dès lors, il importe au football ivoirien de ne pas se détourner de cet objectif. Il ne faut donc pas se laisser phagocyter dans des débats inutiles sur l’âge du sélectionneur. Ni non plus se laisser distraire ou déborder par l’intrusion de soi-disants influenceurs dans le milieu du football. Car, si d’aventure, l’envie lui prenait de hurler avec les loups sur la toile, ça sera à ses risques et périls. Dans tous les cas, le succès éclatant des Eléphants qui a accompagné la prise de fonction de JLG est une première étape de gagnée. Bien entendu, les autres matches à venir, comme celui contre le Lesotho en Afrique du Sud, le 9 juin prochain, devraient projeter l’équipe vers sa CAN 2023, renforcer son crédit et accroître un peu plus sa confiance. Et tant pis pour les grognons. Car, s’il est vrai que cette belle victoire n’a pas tout fait convaincu les éternels sceptiques sur la capacité de JLG à diriger les Eléphants, ni même ôté tous les doutes quant à son aptitude à conduire la sélection vers un 3ème sacre continental, il n’en reste non plus pas moins vrai que le fait de gagner déjà son premier match à domicile constitue une véritable bouffée d’oxygène. En ce qu’il pourra travailler sereinement. Peu importent les ragots. Et au diable, sa méconnaissance de la culture africaine. Ceci étant, c’est un illustre homme politique de notre pays qui le rappelait à ses militants de ne pas avoir la mémoire courte. Ni de se rappeler d’où ils sont venus. Eh oui, comme il a raison de le dire. Au moment où les nouveaux dirigeants sont dans l’euphorie totale, pendant que certains d’entre eux jubilent à tout vent, en oubliant ceux qui ont contribué à les faire aujourd’hui Calife, il nous parait utile de rappeler à tous de jeter un bref coup d’œil dans le rétroviseur. Et de se souvenir que cette bataille n’a pas commencé seulement hier. Mais bien longtemps. Depuis 2014, quand certaines plumes se sont élevées, contre vents et marées, pour se dresser et dénoncer la mauvaise gouvernance de l’ex-Comité Exécutif. Au moment où la pression était forte, alors que certains dirigeants n’avaient pas eu le courage de se mouiller pour critiquer les dérives autoritaires des ex-gouvernants, il s’est trouvé fort heureusement des gladiateurs des temps nouveaux pour descendre dans la fosse aux lions. Et mener le combat contre les fauves. Et la bataille avouons-le fut longue. Et harassante. D’ailleurs, les résultats du scrutin, serrés du reste, attestent de l’âpreté du combat. En tout cas, en face, l’adversité fut rude. Mais la victoire fut au bout. Et comme Dieu ne dort pas, on observe. D’où l’utilité d’un rétroviseur. Comprenne qui pourra. Et qui voudra. D’ailleurs, on l’a souvent dit. La victoire a toujours eu une multitude de pères.

Login

Welcome! Login in to your account

Remember me Lost your password?

Lost Password