COCAN 2023: Feh Kessé dit tout avant de partir

Ce lundi 21 juin s’est déroulée la cérémonie de passation de charges au COCAN 2023 entre le sortant Lambert Feh Kessé et son remplaçant , le ministre Albert Amichia. Voici l’intégralité de l’intervention et l’état des lieux de l’ancien directeur général des impôts après 4 ans de gouvernance sur l’organe en charge de l’organisation de la CAN 2023.

Intervention de Monsieur Lambert Feh Kessé
à l’occasion de la passation de charges au COCAN

Monsieur le Directeur de Cabinet du Premier Ministre, je vous souhaite la bienvenue au siège du COCAN 2023, un lieu que vous connaissez bien, qui vous a déjà accueilli, le 23 janvier 2020. C’était lors de la cérémonie d’ouverture du séminaire sur les infrastructures sportives et non sportives et sur le Master Plan du COCAN. Nous savons la part majeure que vous avez prise, jusqu’ à ce jour, dans la conduite du projet de la CAN 2023. Vous en connaissez toutes les thématiques. Je me réjouis que vous ayez été choisi, à cette date charnière, par Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, pour assurer la passation de charges entre Monsieur François Albert Amichia et moi-même.
Au moment où je dois quitter le COCAN 2023, permettez-moi d’exprimer à la très haute attention de Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République, mes déférents sentiments de profonde reconnaissance, pour la grande confiance qu’il m’a témoignée en me nommant à la tête du COCAN 2023. Durant ces quatre années, sa confiance a été pour moi un puissant stimulant qui a permis à moi-même et à toute mon équipe, de faire progresser cet important projet de la Coupe d’Afrique des Nations de Football.
Au Ministre des Sports, Monsieur Paulin Danho, je voudrais adresser mes remerciements pour la collaboration que j’ai pu avoir avec lui. Cette collaboration, qui a duré près de trois ans, a été, en ce qui me concerne, et dans l’esprit du décret qui organise le COCAN, sincère et positive.
Je souhaite, à présent, pour continuer mon propos, vous inviter à avoir des pensées pieuses pour deux illustres disparus, nos regrettés Amadou Gon Coulibaly, Premier Ministre et Augustin Sidy Diallo, Président de la Fédération Ivoirienne de Football, qui ont fortement contribué à l’attribution, à notre pays, de la 34 ème édition de la CAN et à poser les premières pierres de l’édifice CAN 2023.
Le Premier Ministre, feu Amadou Gon Coulibaly, durant toute ma présence à la tête du COCAN, m’a honoré de son amitié fraternelle, de ses conseils avisés et m’a encouragé à avancer sur ce chemin très escarpé de la CAN 2023.
Quant au Président Augustin Sidy Diallo, il n’est point nécessaire d’égrener ses actions au grand bénéfice du football ivoirien. Cette CAN 2023, concrétisation d’un de ses rêves les plus intimes, est devenu réalité le 20 septembre 2014, à Addis-Abeba. L’attribution ainsi obtenue, notre ambition était d’offrir à l’Afrique l’une de ses meilleures Coupes d’Afrique des Nations. Nous étions fermement dans cette dynamique.
Pour leur mémoire, nous prions Dieu Tout-Puissant, qu’Il accorde à ceux qui nous remplacent la force de relever ce grand défi.
Monsieur le Président, cher frère François Amichia, je voudrais te saluer et te souhaiter la bienvenue au COCAN, désormais ta maison. Rien ici ne t’est étranger, tu étais à la création du COCAN, tu viens donc parachever ton œuvre. En ces instants remplis d’émotions, je n’ai pas l’intention de faire un bilan de notre action depuis le 26 juillet 2017, je voudrais simplement retracer à grands traits le visage actuel du COCAN.
1- L’organisation du COCAN
Le COCAN comprend, outre le Président et trois Vice-Présidents, treize commissions techniques, conçues par centre d’intérêt, qui ont un rôle à la fois conceptuel et opérationnel. A leur tête, sont placés de hauts responsables de l’administration publique, du secteur privé et du milieu du football.
La mise en œuvre des décisions du COCAN 2023 est assurée par trois directions : la Direction Administrative, Financière et des Moyens Généraux en charge des ressources humaines et financières, des moyens logistiques et moyens généraux, la Direction Exécutive qui apporte le soutien technique aux commissions et la Direction du Tournoi, qui sera en charge des opérations pendant la compétition.
Le COCAN est placé sous la tutelle du Premier Ministre. Nous avons voulu cet ancrage élevé, non pas pour nous soustraire de la tutelle technique du ministère des sports, mais pour répondre à un besoin. Compte tenu du caractère transversal des problèmes que pose l’organisation de ce grand évènement, il était souhaitable que le Chef du gouvernement, puisse s’impliquer directement dans la conduite de ce dossier, auquel le Président de la République accorde une priorité absolue.

Au demeurant, cet ancrage a permis de placer le COCAN sous le régime de gestion par transfert, qui apporte plus de flexibilité comme souhaité par la CAF. Le budget du COCAN est rattaché à celui de la Primature et est géré par son Directeur Administratif et Financier.

2- Le pilotage du COCAN
Le pilotage du COCAN a suivi pendant les quatre dernières années le schéma ci-après :

  • la recherche, au plan international, de meilleures pratiques pour avoir une bonne connaissance de l’organisation d’une compétition de cette dimension ;
  • la mise en place des organes du COCAN, commissions et directions techniques et détermination de leurs attributions ;
  • la création d’un Comité présidentiel composé du Président et des Vice-Présidents, lesquels sont chargés de l’encadrement des activités du COCAN ;
  • l’établissement, en mars 2019, de l’état des lieux des besoins de la CAN en matière d’infrastructures sportives et non sportives, sanitaires et hôtelières, dans les villes hôtes. Ce travail a permis l’élaboration d’un livre blanc, contenant toutes les propositions du COCAN 2023 au gouvernement en vue d’assurer une CAN de grande qualité ;
  • l’élaboration d’un master plan, en novembre 2019, qui constitue une véritable boussole pour le COCAN 2023. Dans la mise en œuvre de ce master plan, le COCAN est au stade de la préparation des plans pré-opérationnels, qui seront transformés en plans opérationnels durant 2022. Ces plans opérationnels serviront de base à l’organisation pratique de la compétition ;
  • la mise en œuvre du master plan fait l’objet de revues tous les 100 jours dont la cinquième s’est tenue en mai 2021, la prochaine étant prévue à fin juillet prochain. Ces revues donnent au COCAN l’opportunité de faire le point de l’exécution de son plan d’actions, d’identifier les principales réalisations, les points de vigilance et de blocage et de lever les obstacles identifiés ;
  • le suivi des travaux des infrastructures de la CAN par des visites périodiques sur le terrain en vue de s’assurer, d’une part du respect des stipulations du cahier des charges de la CAF et, d’autre part, du respect des délais contractuels.
    Il est important de noter que le report de la CAN ivoirienne de 2021 à 2023 avait conduit le COCAN à mettre en sommeil certaines commissions. Mais depuis janvier 2021, toutes les commissions travaillent à plein régime.
    3- L’état des lieux actuel
    A ce jour l’état des lieux se présente succinctement comme suit.
  • Les infrastructures sportives
    L’évolution des travaux de construction des stades et cités CAN est satisfaisante, malgré des retards relevés dans les délais contractuels. La plupart des stades seront livrés en principe entre juin et décembre 2021, à l’exception du stade Félix Houphouët-Boigny sur lequel des incertitudes pèsent en ce qui concerne sa livraison, avant la fin de 2022.
  • Les infrastructures hôtelières
    Les déficits identifiés en matière d’hôtellerie dans les villes hôtes de l’intérieur du pays se résorbent progressivement mais le gap demeure important. Des mesures proposées par le COCAN au Gouvernement, afin de combler ce gap, n’ont pu être adoptées.
  • Les voiries
    Le COCAN 2023 a soumis au Ministre en charge de l’Équipement, que je tiens à remercier pour son écoute et sa sollicitude, des besoins en matière de voiries. De façon générale, des travaux d’aménagement et d’amélioration des voiries urbaines et interurbaines qui permettront d’assurer la sécurité et la fluidité de la circulation, sont pour la plupart programmés et certains en cours de réalisation.
    Cependant, il demeure des points critiques : c’est le cas de l’axe routier Abidjan-San Pedro-Grand Bereby, et des 25 km de voieries urbaines de San Pedro. A Abidjan, les travaux de l’autoroute Y4 section 2, n’avancent pas de façon significative. Au surplus, ces travaux n’intègrent pas la construction de l’échangeur d’Ebimpé qui permet d’accéder au stade.
  • Les infrastructures du transport aérien
    En dehors d’Abidjan, les aéroports des villes hôtes ne sont pas certifiés et ne peuvent recevoir des vols internationaux réguliers, mais des vols occasionnels sous réserve de l’autorisation de l’ANAC.
    Les travaux de prolongement des pistes, en vue de leur mise aux normes internationales, sont en cours de réalisation dans la plupart des villes hôtes.
    Par ailleurs, un programme de mise aux normes internationales des équipements de navigation, de météorologie, de sécurité et de sureté a été conçu par le ministère des transports et attend d’être exécuté.
  • Les infrastructures sanitaires
    Le Cahier des charges de la CAF exige que chacune des villes dispose d’un hôpital comprenant toutes les activités médico-chirurgicales, un service de réanimation, un service de radiologie avec scanner, IRM et radiologie conventionnelle os-poumons, deux blocs opératoires, une ambulance et toutes les ressources humaines utiles.
    La récente visite de terrain de la Commission Santé a montré que seule la ville d’Abidjan dispose du plateau technique exigé par le cahier des charges de la CAF tant dans le secteur public que privé.
    Au total, les insuffisances relevées ci-avant sont confirmées dans le rapport de la deuxième visite d’inspection de la CAF, qui a eu lieu du 2 au 8 décembre 2020. Ce rapport fait apparaitre de nombreuses insuffisances au niveau de nos différentes infrastructures, notamment la non-conformité aux normes CAF et FIFA du stade olympique Alassane Ouattara d’Ebimpé.
    4- Les perspectives à court terme
    Notre programme à court terme prévoyait un certain de nombre de priorités que je m’emploierai à synthétiser comme suit.
  • La réalisation du budget opérationnel de la CAN 2023

La première version du budget opérationnel de la CAN 2023 a été élaborée et devrait être transmise à un cabinet d’experts comptables spécialisés dans la confection des budgets des grands évènements sportifs.

  • La rédaction du schéma directeur du COCAN 2023

Le schéma directeur, plan stratégique pluriannuel, qui permet de prévoir et d’anticiper l’évolution des différentes étapes de la préparation, de l’accueil et de l’organisation de la CAN 2023 est en cours d’élaboration.

  • Le renforcement des capacités du COCAN 2023

Pour réaliser l’ensemble des actions, le COCAN 2023 a élaboré un programme de recrutement cadencé, selon les besoins évolutifs de la préparation de l’organisation. Ce programme est en cours d’exécution. Les postes de Chefs de projets dédiés aux travaux des commissions et des directions, et ceux des Directeurs de site, maillons essentiels de la décentralisation du COCAN sont créés et le recrutement des responsables est en cours.
Par ailleurs, compte tenu de l’évolution des effectifs, les démarches étaient en cours pour disposer d’un bâtiment annexe à proximité du siège principal. Le contrat de location est en cours de négociation.

  • L’aménagement et l’équipement des espaces dédiés à certaines activités prioritaires
    Il s’agit des fan zones, des zones d’hospitalité, du centre principal de presse et des centres des médias, des espaces régie TV production, quatre projets importants qui ont été conçus et qui ont fait l’objet d’ateliers spécifiques lors de la 5 ème revue de projet et de réunions dédiées.
  • Les visites des villes hôtes de la CAN
    Un programme de visites a été conçu pour le second semestre de cette année. Il visait, d’une part, à discuter avec les autorités des villes hôtes de la mise en place des structures décentralisées du COCAN et, d’autre part, à inciter les PME du secteur hôtelier à mettre leurs infrastructures aux normes internationales.
    Ces visites avaient également pour objectif de relancer la campagne de communication entreprise en 2018 à l’effet de créer l’engouement des populations concernées autour de la CAN 2023.
  • La fixation de la période de la compétition
    Une proposition du COCAN 2023 en vue de soumettre, au gouvernement, l’organisation de la CAN en juin et juillet 2023 a été faite au Ministre de sports depuis le 17 février 2021, demeurée sans suite.
  • La situation juridique de la CAN 2023

La CAN 2021, décalée à 2023, a été attribuée par la CAF à la Côte d’Ivoire, le 20 septembre 2014, à Addis-Abeba. Depuis cette attribution, la Côte d’Ivoire vit une situation floue, au plan juridique. Notre pays, à travers la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), n’a reçu, de la part de la CAF, jusqu’à ce jour, aucune notification officielle de cette attribution.
L’Accord-cadre, qui détermine les relations entre la Fédération organisatrice de la CAN et la CAF n’est pas signé. Un projet a été transmis à la FIF par la CAF. Les discussions ont abouti à l’adoption d’une version finale qui n’a pas été paraphée. Par ailleurs, la Directrice Juridique qui a négocié l’accord et le Secrétaire Général de la CAF à qui cet accord a été transmis pour l’organisation de sa signature, ne sont plus à la CAF. En Côte d’Ivoire, le Comité Exécutif de la FIF a été remplacé par un Comité de Normalisation.
Enfin, s’agissant du cahier de charges, nous travaillons jusqu’à ce jour sur la base d’une version tout venant, sans date ni signature et qui ne fait aucune référence à la CAN ivoirienne.
Ce vide juridique doit être comblé. Après plusieurs relances de notre part auprès de la CAF, restées sans réponse, nous avons rencontré, il y a une dizaine de jours, le 1er Vice-Président de la CAF en charge du secteur juridique. Cette rencontre s’est déroulée dans une ambiance empreinte de grande compréhension.
5- Les difficultés
Certaines difficultés qui pourraient handicaper la marche du COCAN méritent d’être relevées. Il s’agit notamment :

  • du conflit qui mine la famille du football ivoirien, dont certains membres ont recherché et obtenu le soutien de la FIFA, a conduit à la mise en place d’un comité de normalisation. Cette situation, si elle perdurait, serait de nature à porter préjudice à notre football et à l’image de notre pays qui serait contraint d’organiser une CAN sous l’égide d’un Comité de normalisation. En ce qui nous concerne, depuis son installation, le comité de normalisation n’a eu aucun contact avec nous. Le dernier rapport du 1er trimestre 2021, qui lui a été adressé, est resté sans suite ;
  • de l’emprise de plus en plus forte de la FIFA sur la CAF. Cette emprise rejaillira immanquablement sur les pays membres notamment ceux en charge de l’organisation d’une CAN ;
  • de la répartition des recettes de la compétition, qui donne la part de lion à la CAF, 80% et 20% au pays organisateur, lequel supporte l’intégralité des coûts financiers des infrastructures et de l’organisation. Le COCAN attendait que les nouvelles autorités s’installent pour engager des négociations sur ce point.

6- Conclusion
J’ai passé 4 ans à la tête du COCAN. J’y ai mis ma foi, ma rigueur et ma discrétion. Les belles œuvres se construisent dans l’humilit, la discrétion, sans tapage. C’est ce que j’ai essayé de faire.
A moins de deux ans de la compétition, je dois quitter le navire. Je voudrais adresser à tous, aux Vice-Présidents, aux conseillers, aux Présidents de commission, aux directeurs, à tous les membres de cette belle équipe, ma profonde gratitude pour m’avoir accompagné. Il y a eu certes des moments d’incertitude que nous avons ensemble su vite lever. Il y a eu des moments d’incompréhension. A ceux qui se sont sentis blessés, qu’ils m’accordent leur indulgence. Ces frictions sont dues à ma passion au travail, aucune grande œuvre ne peut en effet se réaliser sans passion. Ceux qui pourront continuer avec le nouveau Président, je leur souhaite une bonne route, qu’ils continuent de travailler avec la même ardeur et la même loyauté. Au final, l’équipe actuelle sera associée, de toute façon, au résultat, négatif ou positif. Aux autres, qui, comme moi, quitteront le navire en pleine mer et qui n’atteindront donc pas les côtes déjà en vue, qu’ils partent le cœur léger, sans amertume et avec dignité. Dieu saura récompenser les efforts qu’ils ont accomplis au service de la CAN 2023.
Quant à moi, je pars avec l’agréable sentiment du devoir accompli, vis-à-vis de l’État, qui a toujours été pour moi, une valeur suprême, la référence absolue, l’étoile à laquelle j’attache mon cheval pour ne jamais m’égarer. En partant de cette maison, c’est ce sentiment de fierté qui m’habite, d’avoir mis tout mon cœur, toute mon intelligence, toute mon énergie dans l’exécution de cette tâche exaltante qui m’a été confiée par le Chef de l’Etat.
Viscéralement attaché au service de l’État, je demeure disponible pour accompagner Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République, dans l’accomplissement des importantes actions de développement qu’il entreprend quotidiennement au bénéfice de nos populations.

                                   

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