Harlem Gnohéré (Attaquant Steaua Bucarest) « Je suis intéressé par les Eléphants »

Harlem, à 30 ans, tu as déjà joué dans plus d’une dizaine de clubs et dans 4 pays différents. Tu imaginais ça lors de tes débuts ?

Non, franchement, non. Déjà, je ne m’imaginais pas aller en Belgique ou en Suisse et encore moins en Roumanie.

Avec le recul, comme expliques-tu cette trajectoire atypique ?

À un certain moment, quand j’étais au centre de formation, à Cannes ou à Troyes, je faisais partie entre guillemets des potentiels joueurs qui devaient obtenir des contrats professionnels. À partir de là, on me répétait souvent que j’avais des qualités et je n’ai pas travaillé en fait. Je me suis trop reposé sur mes lauriers. Malheureusement, ça n’a pas fonctionné.

Il y a une forme de lucidité dans ton discours en me disant que tu n’as pas assez travaillé. C’est rare pour un joueur encore en activité…

Les dirigeants me disaient : « C’est bon, c’est sûr, tu auras ton contrat pro ». J’avais ça dans la tête sans travailler, puis un beau jour, on m’a dit : « On ne te garde pas ». Tu prends une grosse tape dans la tête. Tu te dis : « Mais qu’est-ce que je n’ai pas fait alors que je meilleur que lui et lui ? ». En fait non, le mec à côté de toi bossait plus pour atteindre son objectif.

Est-ce qu’il y a une forme de regret ou d’amertume ?

Regret, oui. Avec le recul, je me dis que si j’avais bossé un minimum, j’aurais obtenu ce qu’il fallait.

Le fait d’être attendu n’a-t-il pas ajouté une forme de pression sur tes épaules ?

Je ne peux pas dire ça parce que j’étais insouciant. Je ne connaissais pas ce genre de pression, donc ça n’a pas vraiment pesé. Être attendu, ça m’a pénalisé dans un sens, car quand tout le monde te dit que tu vas avoir un contrat pro, que tu es un  bon joueur, forcément, quand tu es jeune, tu ne travailles pas pour aller chercher plus haut. En l’occurrence, c’est ce qu’il m’est arrivé. Avec du recul, si on ne me l’avait pas dit, j’aurais peut-être travaillé et je serais devenu professionnel.

Tu évolues depuis 2016 au Steaua Bucarest. As-tu enfin trouvé le club qui te correspond ?

Je ne sais pas si j’ai trouvé le club qui me correspond parce que j’ai encore beaucoup de choses à prouver. Quand j’étais à Charleroi, je pensais que ce club me convenait aussi parce que je sortais d’une bonne saison en deuxième division. On était montés, j’avais mis 18 buts en championnat, 22 toutes compétitions confondues. Comme ça se déroulait, je pensais que c’était le club qui me convenait. Par ailleurs, il y a eu des demandes de certains clubs de D1 sur mon cas et j’ai refusé de partir. Je voulais rester une année de plus à Charleroi, confirmer puis signer dans un bon club. Malheureusement, ça s’est passé autrement. Charleroi a été repris et ça a tout chamboulé. De nouveaux joueurs sont venus et pour moi c’était la fin là-bas.

Dans quel club as-tu vécu ta meilleure expérience ?

Paradoxalement, je vais être honnête, c’était en Suisse, lorsque j’évoluais en quatrième division, au FC Stade Lausanne. Je venais d’arriver, c’était un club familial, j’ai rencontré des gens avec lesquels je suis resté en contact. Le coach et le président m’ont redonné goût au football. À partir de là, j’ai continué à me battre pour grimper les échelons. Je suis monté en troisième division pour ensuite partir parce qu’en Suisse, c’est vraiment difficile de réussir quand tu es black. Surtout quand tu es étranger.

Tu as de bonnes stats en Roumanie. Qu’est-ce qui fait que tu te sens si bien ?

La maturité, le fait d’avoir trouvé la femme qui me convient, mes enfants. Tout ça réuni fait qu’aujourd’hui, j’ai vraiment trouvé de la stabilité. Et puis le Steaua Bucarest est un club vraiment professionnel, c’est pour ça que je suis aussi bien.

Tu es aussi le demi-frère de Joris Gnagnon. Quelle relation entretenez-vous ?

Celle de frère à grand frère, ni plus ni moins. Quand on se retrouve, on est proches, mais on ne parle pas de football. Quand il était à Rennes, je l’appelais à chaque fin de match pour le féliciter après une grosse performance. C’était courant parce qu’il était souvent bon. Maintenant à Séville, il joue un peu moins. Même si c’est plus difficile, je lui envoie un message lors de ses quelques matchs, je l’encourage, je lui dis que je suis quand même fier et qu’il doit travailler, ne pas lâcher pour obtenir une place de titulaire.

Tu es d’origine ivoirienne. Représenter les Éléphants, ça t’intéresserait ?

Je n’ai jamais été contacté. La saison passée, je pensais avoir fait quelque chose de bien pour être contacté, au moins une fois histoire que le sélectionneur regarde ce que je vaux au niveau international et se fasse un avis. Ça ne s’est pas passé comme ça. Ici, en Roumanie, j’ai eu, on ne va pas dire des avances, mais disons que ça parlait de moi pour intégrer la sélection roumaine. Et j’étais vraiment tenté parce que la Roumanie m’a ouvert les portes de son championnat, de l’Europa League, de la Ligue des Champions. Entre guillemets, je me sens un peu redevable, car c’est grâce à eux si j’arrive aujourd’hui à performer comme ça. Donc la sélection roumaine m’intéresse.

Et la Côte d’Ivoire, ça t’intéresse aussi ?

Ça m’intéresse parce que c’est mon pays d’origine, le pays de mes parents. C’est toujours quelque chose d’assez spécial d’honorer le maillot de la Côte d’Ivoire parce que pour un Ivoirien, ça donne toujours envie. Mais, quand tu vois certaines choses au sein de la sélection, des gars comme moi évoluant à un bon niveau ne pas être appelés et d’autres joueurs en D2 belge convoqués, c’est un peu bizarre.

On te sent un peu déçu et triste…

Pas triste, mais vraiment déçu. Partout où je suis passé, je n’ai jamais revendiqué d’être titulaire, mais au moins que la personne ou le sélectionneur me regarde, pour voir ce que je vaux. À partir de là, si je n’ai pas le niveau, de moi-même, je saurais en tirer les conclusions. Soit me dire que c’est trop haut pour moi et laisser tomber, soit travailler dur pour me rapprocher du niveau requis.

Et tu donneras ta réponse quand pour la Roumanie ?

Je n’ai pas de réponse à donner, si la Roumanie fait appel à moi avant les Éléphants, j’irai sans regret en équipe de Roumanie.

 

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